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1970 - l'origine
Une étude réalisée en 1966 par le Conseil des Œuvres de Montréal dans le quartier Centre-Sud révèle que 27 % des familles gagnent
moins de 3 000 $, 20 % des familles sont sans emploi et que, somme toute, près de 65 % des familles, dont plusieurs comptent
plus de cinq enfants, vivent dans une très grande pauvreté. Résultats : régime alimentaire déficient, alors que 20 % des enfants
sont inférieurs à la moyenne quant à leur poids et leur grandeur, deux résidences sur trois ne possèdent ni douche ni bain et la
mortalité infantile y est quatre fois plus élevée qu’à Montréal.
Le quartier Centre-Sud de Montréal, délimité à cette époque par les rues Sherbrooke Est, Dorchester Est, Frontenac et Saint-Laurent,
est considéré comme l’un des plus défavorisés de l’Île de Montréal. Dans ce milieu de vie, les jeunes sont souvent laissés à eux-mêmes,
n’ayant rien à faire, et les intervenants sociaux considèrent la situation du quartier comme étant critique.
C’est dans ce contexte qu’un jeune anglophone de Notre-Dame-de-Grâce, Keith Bush, a fait la connaissance de ce quartier. Il se plaisait à se promener dans le parc Lafontaine avec ses enfants lorsqu’il eut envie de franchir la rue Sherbrooke et de s’aventurer dans le quartier Centre-Sud. Il y découvrit misère et pauvreté, mais également des enfants sympathiques. Malgré le fait qu’il parlait peu le français,
Keith Bush souhaitait s’approcher de ces enfants dans le but de leur apporter l’espoir d’une vie meilleure.
Durant quelques années, avec des amis, il fréquenta les rues et les ruelles du quartier Centre-Sud. Ils se mirent alors à jouer au ballon
au fond de la rue Lartigue, attirant vers eux de plus en plus d’enfants des alentours. Ils s’y rendaient les soirs ainsi que les week-ends.
Ainsi, progressivement, émergeait l’idée de construire une organisation communautaire afin de « sortir ces enfants des ruelles » et de
leur permettre de pratiquer des activités de loisirs sécuritaires. Keith Bush réunit quelques volontaires partageant la même préoccupation
d’agir pour améliorer la situation des jeunes dans le quartier Centre-Sud.
Le 30 juillet de l’année 1970, le « Projet de loisirs 80 Inc. » naît officiellement avec la mission d’offrir des activités de loisirs aux
enfants du quartier Centre-Sud : travail de rue, animation dans les ruelles, création d’une « maternelle » pour les tout-petits et
aménagement d’un lieu de rencontres et d’activités au 1926, rue Plessis, dans un ancien salon funéraire, représentent les principales réalisations des premières années.
Devant le succès remarquable des initiatives de Projet de loisirs 80 dans son quartier, l’organisme a finalement bénéficié de la générosité
d’une fondation privée pour améliorer l’offre d’activités et de services. Puis une orthopédagogue a aussi rejoint les rangs de l’équipe,
permettant l’émergence d’une expérience très réussie auprès des tout-petits de 4-5 ans. Cela attira même l’intérêt et la collaboration
du Département de psychiatrie du CHUM Notre-Dame et de la Commission scolaire de Montréal.
Des annÉes « de vaches maigres »
Au début des années 80, les difficultés s’amoncellent : le bâtiment ne correspond plus aux normes de sécurité de la Ville de Montréal et
des sommes importantes y sont englouties, les frais d’exploitation sont croissants alors que les subventions gouvernementales diminuent
et se raréfient et que les sources de fonds privés sont moins accessibles. De plus, la gestion négligée entraîne de graves ennuis financiers,
mais également une baisse de la motivation des bénévoles et des employés. Les déficits s’accumulent et l’endettement menace la survie
même de l’organisation.
Projet de loisirs 80 se voit contraint de fermer ses portes, du moins temporairement, faute de ressources financières. La fermeture survient
à la fin du mois d’août 1981... malgré une manifestation d’envergure réunissant une cinquantaine d’organismes, de syndicats et d’institutions publiques qui dénoncent le désengagement de l’État et plaide en faveur de la survie de Projet 80. Dans le but d’attirer l’attention de la population sur ce « décès », les gens paradaient en imitant un cortège funèbre dans les rues du quartier. Cette manifestation témoignait de la perte d’un organisme important et reconnu pour son utilité dans son milieu de vie.
Durant la période 1981-1983, des représentants de Projet 80 et du YMCA Centre-Ville se rencontraient afin de permettre une relance inancière de l’organisme. Ce partenariat, soutenu par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, a rendu possible la réouverture
de Projet 80 le 12 mars 1983.
Une second souffle de vie
La relance de Projet 80 a permis d’effectuer plusieurs remises en question et de déterminer de nouvelles orientations. D’abord ce fut l’occasion d’une plus grande démocratisation de l’organisme. D’une « entreprise familiale », Projet 80 deviendrait davantage un projet collectif porté par les jeunes, leurs parents et des intervenants dans la communauté. On mettra désormais l’accent sur la prévention et l’éducation; les activités de loisir deviennent ainsi des outils essentiels à l’accomplissement de cette nouvelle mission.
Projet 80 reprenait vie dans deux endroits différents et complémentaires. D’une part, on retrouvait les enfants âgés de 6-12 ans au 2040,
rue Alexandre-DeSève; d’autre part, on retrouvait les jeunes de 13-18 ans dans un local situé au 1450, rue Logan, soit l’ancien Marché Logan, près de la rue Plessis. Quelque temps après, il y eut déménagement au 1344, rue Ontario. Bien en place dans son quartier, Projet 80 est relancé pour de bon !
On assiste alors à la création de trois secteurs d’activité distincts : la maison de l’enfance pour les 6-12 ans; la maison des jeunes, ou le « Walter Club » pour les 13-18 ans, et une structure d’apprentissage et d’intégration au travail pour les 18-25 ans.
« Au chic Walter Club »
Rue Ontario, au numéro 1665, lieu anciennement connu comme Le Lion D’Or, une affiche porte l’inscription « Au chic Walter Club ».
Il s’agit de la maison des jeunes de Projet 80. Les adolescents cherchaient un nom original pour désigner leur lieu de rencontre. Une idée
est retenue d’après le constat que dans ce lieu l’alcool serait prohibé. Le « water club » voulait souligner le régime à l’eau imposé...
qu’on a finalement transformé en « Walter Club ».
De plus, inspiré d’une expérience américaine, le travail de rue (street work) devient le prolongement de la maison des jeunes. Ce travail permettait d’étendre l’intervention, alors que les animateurs se déplaçaient, comme à l’origine, dans les rues du quartier pour rencontrer
les jeunes.
Par la suite, ce lieu de rencontres fut transformé en salle de spectacle de 300 places, devenant ainsi un lieu d’apprentissage pour des jeunes
qui désiraient travailler dans des métiers reliés à la scène et au spectacle. La maison des jeunes souhaitait ainsi favoriser l’intégration
des jeunes sur le marché du travail. Conséquemment, la maison des jeunes fut réaménagée dans l’immeuble situé au 2040, rue Alexandre-DeSève, prêté à Projet 80 par la Ville de Montréal.
Une question demeure, le sens du nom Projet 80
Projet de loisirs 80, mais pourquoi donc ce nom ? D’abord, Projet de loisirs parce que les fondateurs considéraient que les loisirs étaient « le » moyen privilégié d’intervention auprès des jeunes qui n’avaient pas beaucoup d’occasions de pratiquer des activités de loisir, des activités physiques. Puis le chiffre 80 représente l’année 1980, qui traduisait l’espoir que les jeunes qui auront grandi au sein de l’organisation pourraient eux-mêmes prendre la relève au développement de leur organisme et être responsables de leurs loisirs et, de façon plus globale,
de leur vie. |
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